Franz, le sale boche (2/2)

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— Papa ?
— Oui ?
— C’est quoi cette histoire avec les juifs et les nazis ?

Il éteint la télé, se tourne vers moi, l’air inquiet. Ma mère fout le camp en cuisine.

— Pourquoi tu me poses cette question ?
— Je dois lire « L’ami retrouvé » et je ne comprends pas…
— Ah d’accord, c’est pour l’école.

Il soupire, retire ses lunettes pour les nettoyer.

— C’est un sujet pas facile. Tu te rappelles de « La Grande Vadrouille » ?
— Oui !

Je repense au gros général nazi que Louis de Funès fait pleurer de désespoir pendant l’interrogatoire avec Bourvil (« De moi, vous osez vous foutez ? »). Super scène.

Le reste de la chronique est désormais disponible en version Kindle ICI (jusqu’au 31 aout 2016, PGC participe au concours des « Plumes Francophones », merci pour votre soutien)

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Les autres commentaires de Canard

42 réponses à “Franz, le sale boche (2/2)”
  1. MrGland
    03.03.2015

    Bah merde en fait, c’est pas drôle du tout… :-(
    Félicitations pour la séparation en deux parties qui fait toute la force de l’histoire. Pas vu venir cette conclusion…
    C’est curieux cette découverte du nazisme par un gamin, je n’ai pas le moindre souvenir d’un jour particulier où j’aurais pris conscience de tout ça. Peut-être parce que je lisais des bouquins sur la 2nde guerre mondiale depuis que j’étais en âge de lire, ça a du diluer le « choc » sur des années.
    Quoiqu’il en soit, le sentiment des Allemands sur ces événements est intéressant, je me souviens d’avoir constaté une forte culpabilité de la jeunesse même 60 ans après. Lors d’un échange avec des correspondants allemands à l’époque du lycée, ceux-ci avait tenu à s’excuser pour le nazisme, et ça pour le coup ça m’avait choqué…

    • Canard
      03.03.2015

      Ouaip, clairement la coupure en deux prend tout son sens. Comme le slider que du coup tu peux piger…
      Il parait qu’il y a eu en Allemagne début des années 60 une sorte de grande crise de conscience par la jeune génération de l’époque. Une sorte de rébellion mêlée à un dégout de ce qui s’est passé, les « jeunes » étant dans la colère contre leurs parents et l’envie de dénoncer sans fard ce qui avait été commis. C’est un peu évoqué d’ailleurs dans le roman « Le liseur » de Bernard Schlink.

      • Kommader
        03.03.2015

        Petite intervention.

        C’est aussi grâce aux époux Karsfeld et aux associations de traque des anciens nazis. En 1968, Beate Karsfeld avait dénoncé l’élection d’un ancien nazi au poste de chancelier fédéral d’Allemagne. Beaucoup de la Gestapo, la SS ou autres avaient bénéficié d’une sorte de ce que j’appellerais « retraite de complaisance ». Car selon la constitution fédérale de 1949, l’extradition est interdite (sauf pour les crimes de guerre en 1975). Donc aucun jugement, et le risque de l’oubli.
        J’ignore si la Jeunesse y avait massivement contribué, mais j’ai surtout retenu le combat de ces personnes contre la lâcheté des autorités de l’époque, obnubilées par leur voisin bloqué dans le glacis soviétique (combien d’autres nazis récupérés par les Américains et les Russes au nom du « Monde Libre » ou du « Paradis Rouge ? »).

        Sinon ce papier est assez tendu, et ce ressentiment je l’ai presque connu (le fameux documentaire évoqué dans les commentaires de la première partie, tu l’as vu ?). Mais ta description du mémorial est assez étrange. Comme si la mort était là, dans les photos.

        « C’est un bâtiment gris, moderne, sans prétention ni âme… ».

        C’est troublant.

        Pour ma part, Le film qui m’a troublé était « Idi i Smotri » sur tout cela (un film russe de 85 sur un jeune garçon engagé dans la résistance biélorusse et faisant face aux massacres de villages).

        • Canard
          03.03.2015

          On en profitera au passage pour remercier le Vatican et sa complaisance sur le sujet. Allant jusqu’à organiser la fuite de certains dignitaires en Amérique latine, après avoir fermé les yeux volontairement sur ce qui se passait dans les camps. « Aime ton prochain comme toi même » qu’il disait l’autre…

          • 03.03.2015

            Et les religieux et religieuses qui ont sauvé des juifs enfants et adultes.
            On peut remercier Salazar et sa circulaire 14 limitant les visas pour le Portugal des réfugiés fuyant la France envahie… et Aristide de Sousa Mendes qui est passé outre les consignes et a sauvé de nombreux juifs.
            Rien n’est tout noir, rien n’est tout blanc.

          • Canard
            03.04.2015

            Bien entendu.
            M’enfin il me semble que le Pape de l’époque – Pie je sais plus combien – avait un rôle central à jouer là-dedans.
            Mais effectivement, faut pas mettre tout le monde dans le même panier (je repense là tout de suite au film « Amen » de Costa Gavras).

          • Skyzosheep
            03.10.2015

            Et Benoit XVI a fait parti des Hitler Jugend…

    • metalpouet
      03.03.2015

      pareil, je pensais qu’en 5ème on avait déjà pris conscience de ce fait historique. Surtout si tu étais déjà fan de Motorhead !

      • Canard
        03.03.2015

        Bah non. J’ai appris pour les insignes de Lemmy « après » cette histoire. Et personnellement, ça m’a longtemps déçu (pour ne pas dire dégoutté) et m’a « gâché » un peu Motorhead (par ailleurs, je me considère pas « fan » du groupe).

  2. metalpouet
    03.03.2015

    Donc un petit com. Pas constructif, plus pour toi. C’est bien écrit, l’histoire est touchante, mais ce n’est pas très métal :) Donc je l’ai lu avec plaisir mais ça n’a pas sa place sur pasgrandchose non? Ou alors en parallèle d’une autre nouvelle, une sorte de bonus! M’enfin bref chouette quand même de te lire

    • Canard
      03.03.2015

      Oui, en effet. C’est pas très « Metal ». Y a un lien avec la musique dans la première partie, qui s’estompe dans la seconde. Ca m’a intéressé d’amener PGC vers « ça », du moins avec cette histoire.

  3. Scratch
    03.03.2015

    Wow… Je ne sais pas si c’est dû à ma sensibilité au sujet ou à ton talent d’écriture (sûrement les deux à la fois), mais cette nouvelle me laisse vraiment avec une boule dans la gorge… En tout cas bravo Canard, et merci pour ce témoignage finalement très personnel (j’ai l’impression que ce papier est peut-être un peu plus proche de la réalité de la vie du Canard que les autres, je me trompe?).

    J’ai l’impression qu’avec le temps, c’est un sujet qui se banalise de plus en plus… Dans ma génération en tout cas (nés aux milieu des années 90) il y a comme un gros désintérêt, une absence d’implication personnelle. Entre les mauvaises blagues, les soupirs exaspérés quand on aborde le sujet sérieusement (« C’est bon, c’était y’a 70 ans! » et autres « ça va, on nous a assez rabâché l’histoire des « pauvres juifs »… »), et le refus d’écouter (le terriblement débile « calme-toi, t’es juif ou quoi? »)… J’ai l’impression d’être le seul dans mon entourage à réellement me sentir concerné par ça (au passage, pour ce que ça vaut, je ne suis pas juif). Mais bon, peut être était-ce déjà le cas à ton époque..?

    • Canard
      03.03.2015

      La compréhension de ce qu’a été la Shoah a été de fait un « choc » (je me suis jamais vraiment remis non plus de « La liste de Schindler »). C’est effectivement une histoire « personnelle », très proche de la réalité ;) J’avais un peu évoque « ça » dans « Slayer et moi » (saison 2 de mémoire). J’ai une certaine sensibilité sur ce sujet, mais pas que. J’éprouve plus ou moins la même chose avec le code noir ou tout ce que j’ai lu sur le génocide amérindien.

      • MrGland
        03.03.2015

        Et pourtant, à l’heure actuelle, une part de plus en plus importante de la société dénonce la culture de culpabilisation de la France à l’égart de son passé. Et puis après tout les juifs on les a mieux traité qu’ailleurs, et puis pas grave c’était surtout des étrangers, non? (enfin on tout cas on vend des millions de bouquins en disant ça…)

        • Canard
          03.03.2015

          Je suis contre « la concurrence victimaire » (si ce à quoi tu fais référence), ce qui n’est pas selon moi incompatible avec une certaine sensibilité sur le sujet.

    • Hugo
      03.03.2015

      « Dans ma génération en tout cas (nés aux milieu des années 90) il y a comme un gros désintérêt, une absence d’implication personnelle »

      Je suis (apparemment) de la même génération que toi et je ressens la même chose effectivement, je me demande si ce n’est pas à cause de « l’extrêmisation » d’Israël sur ces dernières années. Du coup les gens sont en colère contre les juifs à cause de ce qui se passe là-bas et ne prennent plus autant la peine de s’intéresser pleinement à la Shoah.

      Par ailleurs, 70 ans c’est effectivement beaucoup. Je ne sais pas pour toi mais mes grands parents paternelles sont nés après et du côté maternelle, ma grand-mère avait 11-12 ans à la fin de la guerre (mon grand-père 7-8). Quand on me parle de tout ça, ça n’a plus grand chose à voir avec moi.

      Pour finir, notre génération vit dans une vraie culture de l’image, les films, photos, séries ou jeux vidéos sont plus que jamais à porté de main, et la violence est présente sur chacun de ces 4 supports. Par conséquent, des images horribles, on en a vu et revu et beaucoup d’entre nous ont développé une distance importante entre les images réelles et celle que l’on voit à travers un écran ou sur une photo.

      Voilà, je sais pas si c’est très clair tout ça ^^
      Et sinon : @Canard : super papier, comme toujours :)

      • Canard
        03.04.2015

        Pour moi, confondre la politique menée par un Benjamin Netanyahu avec la Shoah confine juste à l’erreur manifeste d’appréciation. Et bien souvent, malheureusement, les personnes qui entrecroisent ces deux sujets le font aussi pour masquer une forme plus ou moins latente d’antisémitisme.

  4. Xav_le_ouf
    03.03.2015

    Hello, toujours très sympa de venir te lire, un peu le sentiment de se retrouver avec des copains pour partager ses histoires de jeunesse (même si on est pas si vieux, la trentaine pour ma part). Merde, je parle comme un vieux con…
    Le ton de tes écrits change un peu ces derniers temps je trouve. Dans le fond (le métal n’est pas toujours au premier plan) et la forme (le personnage a des réflexions plus profondes ou plus poussées). Tu présentes tes papiers dans l’ordre où tu les as écrits ?

    Enfin, une question me brûle les lèvres : t’as acheté quoi avec les cinquante francs au final ?

    • Canard
      03.03.2015

      Merci.
      J’avais pensé PGC de A à Z depuis le début, en voulant cette « montée en puissance ». Des saisons qui au fil du temps allaient devenir de plus en plus « écrites » et des chroniques plus nuancées, plus « subtiles » (si je puis dire). J’ai d’ailleurs beaucoup réfléchi à l’ordre des papiers, ceux que j’allais plutôt mettre au début ou à la fin, aux enchainements (pour éviter d’avoir trop d’histoires « difficiles » à la suite, alterner un peu les registres etc.). Ensuite j’ai tout écrit à la suite, progressivement mais rapidement. Mes premiers jets de chaque saison étaient faits alors que celle-ci n’avait pas commencé (je sais pas si ça te donne une idée).
      Pour le reste, oui j’ai acheté « Iron Fist » en cassette après cette histoire. Puis quelque temps après, l’ironie du sort a voulu que j’apprenne pour Lemmy et ses insignes (c’est d’ailleurs JF qui m’a mis ça dans le nez).

  5. KaosFactor
    03.03.2015

    La découverte de la Shoah est un dépucelage violent de son infantile insouciance.

    J’ai mis longtemps à comprendre le double-sens du grand-père paternel qui se lamentait de nous laisser un « nom pareil, aussi difficile ». Je pense qu’il ne devait pas penser qu’à l’orthographe dudit nom en disant cela…

    Comme toi, j’ai subi la Shoah comme une plongée dans l’enfer humain. J’ai aussi pas mal lu sur l’esclavage et les massacres de nos guerres de religion. J’ai alors découvert que nos semblables n’avaient pas besoin de grand chose pour devenir des monstres. L’actualité nous le démontre encore.

    En tout cas, très bon texte. J’attendrais la sortie des derniers textes pour savoir si il est, pour moi, le meilleur. Mais il se détache, par son ton et son sujet, nettement des autres, ça c’est sûr.

  6. 03.03.2015

    Ce qui explique la primo-relation du Canard avec Slayer…
    Texte touchant. Vrai et sincère aussi.
    Une chose m’interpelle cependant. La gêne de tout le monde quand il s’agit d’expliquer le nazisme à un enfant à l’époque. Je suis arrivé 10 ans après toi dans le système scolaire mais on était déjà au courant du nazisme. Je ne pense pas que ça ait été au programme avant la troisième mais il arrivait aux enseignants de l’évoquer. Et par exemple mes parents n’ont jamais eu aucune gêne à raconter ce qu’il s’était passé. Y avait il un malaise qui s’est dissipé avec le temps en apprenant à faire avec le passé?
    Que comptes tu écrire par la suite (post PGC s’entend)? Quoi que cela soit, je veux te suivre.

    Dans ta newsletter tu évoques l’idée de passer les commentaires à Heavy REM. Ca ne m’enchante pas. L’intérêt de poser un commentaire sur tes textes, c’est d’entrer en contact avec TOI, l’auteur, vis à vis du texte et de ce qu’il évoque. C’est l’occasion de se rapprocher de l’auteur et de lui faire part de ce qu’il a évoqué chez nous. C’est comme les commentaires sur NIME qui t’insultent parce que le gars n’est pas d’accord avec ta note de 1 sur tout album de thrash old school par ce que le genre est mort. C’est à toi qu’il s’adresse, pas à n’importe qui.
    Et en toute franchise, j’ai lu une partie du blog de REM un jour où tu en avais fait la pub (avant PGC je crois). Il y a des choses intéressantes, d’autres qui me plaisent moins. Vous n’êtes pas interchangeables. Il y a des raisons qui font que je te lis avec ferveur et que je ne suis pas REM; l’avoir pour unique interlocuteur sur ton oeuvre ne m’intéresse donc pas. (sans animosité aucune, le heavy).
    Bisous

    • Canard
      03.04.2015

      Merci pour bien avoir « jointer » ce papier avec dédié à Slayer. Du coup, les lecteurs peuvent comprendre pourquoi j’ai longtemps chié sur ce groupe avant de devenir fan.

      Pour les commentaires validées par Heavy REM, c’était plus une boutade. Il a juste accepté de me dépanner le temps d’un gros week-end, histoire que les lecteurs qui avaient fait l’effort de poster un blabla n’attendent pas la Saint-Glinglin avant d’être publié. Son site n’a rien à voir avec le mien soit dit en passant, je n’ai pas son talent pour « accrocher » le lecteur sur un groupe ou un album. Je pense que Heavy REM serait dans l’ensemble d’accord avec toi et qu’il ajouterait d’ailleurs que c’est LUI qui a « poussé » pour que je ponde PGC, qu’il a cru en ce blog avant même qu’il ne commence. Et il s’est investi sur tout un tas de sujets (techniques, de relecture, graphiques avec les sliders etc.). Il n’y a pas une semaine sans que je le « consulte » dans l’ombre sur pratiquement tout.

      Sinon merci pour le « vote de confiance », ton « Quoi que cela soit, je veux te suivre » est l’une des plus belles déclarations d’amour qu’un lecteur puisse me faire ;) Et pour répondre à ta question, « l’après PGC » est le sujet qui me taraude en ce moment (j’en parlais d’ailleurs avec un lecteur IRL – CHIPS – récemment) : Je continue l’autofiction ? Des nouvelles ? De la fiction pure (oui, mais quoi) ? Je suis en pleine réflexion alors que PGC se dirige inéluctablement vers la fin.

      • Zoliv
        03.04.2015

        Tu pourrais faire de la fiction dans la même veine, façon le Petit Nicolas version métalleux. Il y aurait de la matière, avec tous les clichés du Metal, avec tous les groupes qu’on peut mettre en contexte, etc…

        • Canard
          03.04.2015

          Je pense avoir un peu tout dit avec PGC. J’ai plutôt des envies d’écrire sur d’autres choses, même si à ce jour ce besoin n’est pas tout à fait défini. M’enfin je verrais bien, je me sens un peu comme l’alpiniste au pied d’une montagne intimidante ces derniers temps ;)

  7. Skyzosheep
    03.03.2015

    C’est assez choquant effectivement de découvrir l’holocauste quand on est jeune. Personnellement étant petit j’adorais l’histoire (je l’aime encore dans une moindre mesure) si bien que j’ai découvert tout ça assez tôt. Jusqu’à ce qu’en troisième notre prof d’histoire nous diffuse un documentaire dégueulasse et révoltant sur les camps de concentration. J’ai un peu perdu foi en l’humanité ce jour là, quand j’ai vu ces images terribles. Ces cadavres inhumains, ces charniers, et cette vidéo atroce où l’on voit ce jeune soldat anglais pousser des des cadavres avec un bulldozer (je sais plus comment ça s’appelle ces engins donc je suis pas sûr du mot) les larmes aux yeux, le teint blafard, un mouchoir sur le nez pour ne pas avoir à sentir l’odeur de putréfaction…

    De nombreux scientifiques se sont intéressés à la question de comment les subalternes nazis avaient pu exécuter les ordres, aussi horribles soient-ils. L’expérience de Milgram a apporté une réponse plus ou moins satisfaisante à la question. Voici le contenu de cette expérience pour ceux qui ne la connaîtrait pas: Deux personnes dont un complice participent à un test avec à la clé une certaine somme d’argent pour chacun. Le non complice ignore que l’autre en est un. Une tierce personne est présente dans la même pièce que le non complice, elle supervise l’expérience et représente l’autorité. Celui qui n’est pas un complice a le rôle du questionneur, ou du testeur. Il énonce à haute voix une série de combinaisons comme « herbe verte » et le complice est censé retenir le maximum de combinaisons. Le complice est dans une pièce à côté de sorte que le testeur ne puisse pas le voir mais puisse l’entendre. Le questionneur doit alors commencer à dire le premier mot de la première combinaison de sorte que l’autre puisse tenter de l’associer avec le bon deuxième mot parmi quatre mots possibles et ainsi de suite. Le questionneur est face à tout un tas de leviers dont on lui dit que chaque fois qu’il en tira un, le complice (qu’il pense être un simple participant à l’expérience comme lui) recevra une décharge électrique. Il ne doit tirer un levier que lorsque que l’autre ne parviens pas à retrouver l’autre mot associé. Les leviers sont censés donner des décharges de plus en plus importantes au fur et à mesure des erreurs du complice. Bien sûr le complice ne reçoit aucune décharge mais simule une douleur de plus en plus violente à mesure que les décharges sont censées s’intensifier. Le questionneur est ainsi persuadé d’infliger de réelles souffrances à un humain étant donné que les pseudos-chocs électriques vont de 10 Volts jusqu’à un levier au dessus du quel il est affiché « choc potentiellement mortel ». Ainsi les questionneurs vont dans 62% des cas jusqu’à ce choc sans désobéir à l’autorité simplement représenté par une seule personne qui les encourage à continuer. Milgram appelle ça « l’état agentique » c’est à dire le moment où quelqu’un ne s’estime plus responsable de ce qu’il fait puisque c’est une autorité au dessus de lui, qu’il trouvait légitime, qui l’ordonne de le faire. De nombreux questionneurs ont demandés à un moment ou un autre d’arrêter l’expérience, mais il suffisait la plupart du temps d’un simple rappel à l’ordre de la part du pseudo scientifique représentant de l’autorité pour qu’ils continuent tout de même. Les questionneurs étaient pourtant sains d’esprits et ne souffraient d’aucune forme de sadisme ou de troubles psychologiques puisque Milgram et ses complices testaient ceux qui souhaitaient participer à cette expérience pour vérifier ça. En analysant les 30% qui avaient désobéis et avait cessé l’expérience avant le choc potentiellement mortel, Milgram découvrit que sur ces 30% de gens la majorité était cultivé et avaient fais des études…

    Cette expérience date du début des années 60 mais elle a été reproduite plus récemment dans le cadre d’une fausse émission télé – mais vrai documentaire – dont le but était de prouver l’influence de la télévision sur les être humains. Cette transposition de l’expérience est disponible ici: https://www.youtube.com/watch?v=6w_nlgekIzw [par contre ce documentaire contient des images assez violentes je déconseille aux âmes sensibles.]

    Je cherche absolument pas à excuser les ordures qui travaillaient dans les camps de concentration évidemment, mais je trouve ça plutôt intéressant de savoir ça.

    • Canard
      03.04.2015

      Je connaissais l’expérience de Milgram. C’est un sujet hyper intéressant, je trouve, qui m’a longtemps « passionné ». Pour rebondir sur ton super commentaire, j’ajouterais deux romans qui illustrent ton propos : « La mort est mon métier » de Robert MERLE (ou comment on devient chef d’un camp de la mort sans même s’en rendre compte) et « La Vague » de Todd Strasser (ou comment on crée un mouvement fasciste en un rien de temps).

      • Skyzosheep
        03.04.2015

        Je connais vaguement les deux romans sans les avoir lus. Un film a été fait à propos de la Vague et je compte le voir très bientôt. D’ailleurs La Vague était aussi à la base une vraie expérience dirigée par un professeur dont j’ai oublié le nom, dans le but de répondre à la question d’uns de ses étudiants à savoir « pourquoi est-ce que la population allemande a accepté tout ça et a adhéré au nazisme? »

        • Canard
          03.04.2015

          Oui exact : http://fr.wikipedia.org/wiki/La_troisi%C3%A8me_vague
          Sinon le livre est mieux que le film, comme souvent.
          Et le roman de Robert Merle est à lire pour quiconque s’intéresse au sujet.

          • Pilgrimwen
            03.05.2015

            La Vague est LE bouquin à lire pour celui ou celle qui souhaite comprendre comment l’individu peut rapidement être embrigadé…

          • Canard
            03.06.2015

            Oui.
            Je maintiens que le roman de MERLE est intéressant à un autre niveau : celui de la progression de la pensée, on sent la déshumanisation du Chef du camp. Y a des passages incroyables (notamment l’interrogatoire à Nuremberg).

  8. Emilien
    03.03.2015

    Bizarre, je me souviens avoir appris tout cela ayant pris de l’avance sur le sujet, ça ma pas tellement choqué, ni même bouleversé, ça ma dégoutté plutôt, mais j’aurais jamais verser une larme .. faut dire que après avoir lu en détails le destin des civilisations pré-colombiennes et le sort que leur ont réservé les Espagnols et les Portugais, ça m’avait sans doute vacciné contre l’horreur, la Shoah est sans doute plus forte émotionnellement c’est qu’elle est assez rapprochée dans le temps et qu’on à des témoignages précis, photos, film extr .

    Pour en revenir à ta lettre, si tu l’as fidèlement retranscrite je ne vois pas ce qu’elle a de choquante, tu ne l’as pas insulté, ni même accusé, tu lui as simplement posé des questions, et dire que tu étais choqué…

    Après bon, moi j’ai toujours trouvé « le style » Nazi impressionnant autant dans l’architecture, que dans leur armements ou leur uniforme je peux comprendre que certains comme Lemmy apprécie sans cautionner.

  9. oliv51
    03.05.2015

    Le voilà enfin ce super papier ! Retournement de situation incroyable où le gamin que tu étais découvre l’innommable…. Tu décris à nouveau de vrais sentiments ( comme je te le disais pour ‘ Mon Année Jazz ) et sincèrement, c’est là où ta prose brille le plus. Bravo ! Et pas évident de traiter un tel sujet ! Mais on doit le faire.

    J’ai du découvrir la Shoah à peu près au même âge que toi avec des photos dans un manuel. Sur le coup, j’ai refusé l’évidence de ces faits historiques, comme on refuse une idée abjecte. Puis tout à coup, j’ai été submergé par la honte d’appartenir à cette race humaine capable du pire. Et ce sentiment est revenu me grignoter en 3ème mais aussi en terminale quand c’était au programme pour le Bac. C’est pourquoi je suis un peu interloqué par certains témoignagnes un peu plus haut ( cette désensibilisation face à cette ignominie chez les jeunes de 15-20 ans ) qui sont révélateurs de notre époque troubl(é)e….

    Dis-moi si je me trompe, mais désormais l’argument ‘Métal’ du début de PGC n’est plus qu’une infime excuse pour nourrir des sujets de plus en plus persos. Je pense que tu as fait le tour de la question métallique justement, donc penses-tu faire complètement autre chose par la suite ?

    Ciao Mr Canard !

    • Canard
      03.06.2015

      Non. « Franz, le sale boche » est et sera le seul papier vraiment en périphérie du Metal (en fait c’est surtout la deuxième partie de l’histoire qui décroche). Dans les prochaines (et dernières) chroniques à venir, vous retrouverez le dosage habituel avec une « vraie » emprise Metal et/ou un lien direct avec la musique. Mais quand j’ai fait le « plan » de PGC au début (les saisons quoi), je me voyais pas vous mettre au début des papiers comme « Mon année Jazz » ou « Franz, le sale boche » ou « Slaughtered » avant de savoir si ça allait prendre un peu ou pas du tout mon affaire. C’est aussi pourquoi j’avais parlé de progression, de faire évoluer (un peu) au fil des saisons les choses.

  10. pere_fougasse
    03.06.2015

    Comme on pouvait s’y attendre entre la correspondance, le titre de la nouvelle et l’en-tête sur la foule au concert de Simon & Garfunkel, on n’a pas eu droit au premier festival Wacken ou Rock Am Ring de Canard qui retrouve à 17 ans son correspondant allemand en chair et en os, pour le meilleur et pour le pire…
    Evidemment comme tout le monde complétement surpris par l’anecdote, qui rappelle forcement sa première confrontation avec les images de la réalité là où jusqu’alors, l’image du méchant des nazis tient plus de Gerard Jugnot dans Papy fait de la résistance et des abrutis qui se font flouer toutes les 3 minutes au moindre déguisement dans la Septième compagnie.

    Les séances vidéos au collège étaient systématiquement prétexte à foutre le bordel, enchainer les vannes et essayer de faire craquer les potes pour qu’ils se fassent engueuler par les profs. Les premières images de cette séances là plombent vite toute velléité… le silence irrespirable qui avait suivi la fin de la cassette avait semblé durer une éternité, presqu’à supplier le prof de vite rebondir. Même en troisième à l’époque, ça correspond sans aucune doute aux images les plus horribles qu’on n’ait pu nous montrer jusqu’alors, et dix crans au dessus des précédentes. Avec l’avènement d’internet, ça a du un niveler tout ça tellement on peut en trois clics retrouver Saddam Hussein se faire couper la tête ou servir la soupe des terroristes en pouvant revisionner leurs atrocités. Beaucoup de mômes de 12 ans sont assez curieux pour chercher ça et se désensibiliser… et ça fait extrêmement vieux con de dire ça, mais mine de rien la précision atteinte dans les jeux vidéos pour rendre de plus en plus réaliste les massacres au détriment d’aventures ou de « fun », ça doit forcement déglinguer les cerveaux aux prédispositions les plus faibles…

  11. Chipstouille
    03.11.2015

    Pour ceux qui se demandent s’il y a une question de génération pour la gène des adultes à expliquer la Shoah… Je réponds non.

    J’ai le même age que le Canard, et je ne me rappelle pas avoir été choqué de cette manière en apprenant quasiment tout d’un coup, et assez tard visiblement. Me concernant, ça s’est fait de manière beaucoup plus diffuse. Je pense déjà que mes parents n’ont jamais éludé le sujet et répondu à mes questions dès que j’en ai eu.. Je n’ai pas souvenir d’un choc en fait… Les infos ont été diluées au fil du temps… Je n’ai vu la grande vadrouille que très tard, toujours pas vu la 7eme compagnie… tout juste Papy fait de la résistance mais vers 15/16 ans peut-être, en me rappelant déjà avoir connaissance des faits et donc avec le recul nécéssaire pour voir qu’il était osé de faire un film sur le sujet.
    Je me rappelle par contre avoir vu très tôt le film un sac de billes, de ma prof de violon qui m’a appris la signification du terme « génocide » relativement tôt, de ma prof de français en seconde qui nous expliquait la prise de conscience de la shoah au niveau artistique (qui fait que quand bien même il y a eu des atrocités avant et après, il y a un avant et un après… personne n’avait poussé l’assassinat à un niveau industriel jusque là), de quelques bribes de trucs ça et là entre ma grand-mère qui a dû nous raconter la vie sous l’occupation et d’autres conversations. Je me rappelle mes parents m’apprendre tard que des amis à nous étaient juifs, un terme qui ne désignait que des personnes abstraites pour moi jusque là, apprendre celà d’un coup rendait encore plus incompréhensible l’antisémitisme. Mais brique après brique, c’est assez complexe à expliquer, mais j’ai l’impression que l’atrocité du nazisme est plus quelque chose qu’on m’a appris, ou plutôt appris à comprendre, qu’une réaction personelle qui serait venue d’un bloc.
    On m’a abreuvé de quantités d’informations sur les guerres, l’esclavage, la condition humaine… Tout ça est très abstrait quand on est gamin, c’est une liste d’atrocités sans nom, sur laquelle il est difficile d’établir une échelle. A l’époque il y avait Ken Le Survivant à la télé… c’était paradoxalement plus « concret » pour choquer un gamin.

    L’année dernière, j’ai été à Auschwitz, c’est peut-être là que j’ai été le plus bouleversé, ça m’a réellement mis un coup. Je ne savais pas pour les abats-jours en peau…Alors voir l’objet, ne pas comprendre pourquoi il est exposé là alors qu’il y a des tonnes de cheveux entassés juste à côté (ça aussi ça fout un coup) et comprendre en lisant le texte écrit en tout petit à côté…

    • Canard
      03.12.2015

      Merci pour ton « témoignage ».
      Personnellement, le coup de la poussette à Dachau a été un choc. J’ai appris plus tard pour les abat-jours, puis Mangele etc.
      Mais je n’ai commencé à mettre le doigt sur le sujet qu’en lisant « L’ami retrouvé » de Uhlman en 5ième (histoire vraie bien entendu) après avoir fait allemand première langue comme expliqué dans cette histoire (histoire vraie aussi, tout comme le coup du poster de BRINGS etc.).
      Je sais très bien que cette nouvelle est « borderline » sur PGC (j’étais pas sûr que mes lecteurs voudraient lire ce genre de truc), mais j’avais envie de parler de toussa, du mélange entre ma germanophilie de base, la prise de conscience du fait que Jon BON JOVI chante en anglais, l’anecdote BRINGS et la découverte choc de la Shoah. Je voulais faire ce mélange en une histoire unique. En ce sens, je suis content du résultat (et c’est d’ailleurs pourquoi je pense qu’il s’agit de ma meilleure histoire parce que ce dosage était assez « subtile »).

      • Chipstouille
        03.12.2015

        J’en ai oublié de réagir sur ton papier du coup. J’avais zappé que tu m’avais parlé d’un style d’écriture particulier, ça ne m’est revenu que relativement loin à la lecture… La preuve que c’est tellement bien fait qu’on ne s’en rend même pas compte :)
        La bascule est en effet gentiment subtile, on sent que t’as préparé ton coup à l’avance, que t’as préparé tes lecteurs, que ça devait se faire par épisodes, comme une série sur plusieurs saisons, pour qu’on se fasse prendre. Ca marche bien parcequ’on conaît tes papiers habituels et qu’on ne s’attend pas à un tel déraillement…

        Mention spéciale à la citation sur la banière, qui prend tout son sens à la fin, subtilement amené.
        Bref, j’aime.
        C’est peut-être bien en effet ton meilleur papier à ce jour. Chapeau.

        Bien sûr le fond est plus important que la forme? Pas si sûr…
        Faut vraiment que tu te trouves un sujet pour la suite… Parceque sans ça tu vas créer un état de manque chez tes lecteurs… Tu sais un peu comme un certain Alexandre Astier avec ses Kaamelott… Ca sera toujours un plaisir de te relire ceci étant, mais rien ne vaut vraiment le dépucelage de la première lecture.

        • Canard
          03.13.2015

          Ah ah. Ca fait deux fois ce mois-ci qu’on me compare à Astier. Parait que dans ma façon de causer ou certaines mimiques je lui ressemblerais… C’est marrant ta comparaison.
          Faudrait que je me mette vraiment à KAAMELOTT au passage (Heavy REM m’en a fait des dizaines de tartines à la confiture), j’ai regardé quelques épisodes comme ça, j’ai retrouvé une écriture des dialogues un peu à la Audiard et c’était globalement de qualité mais ça ne m’a pas passionné.
          Bref.
          Suis content de te voir dans les parages. Ton message fait écho à notre dernière discussion IRL. Pour l’instant c’est le meilleur slider de Heavy REM (mais il peut encore se surpasser avec les deux qui lui restent à faire…). Même si tout est écrit pour PGC, je reste encore focus PGC pour l’instant (corrections, relectures puis coup de polish après). J’aime bien aller jusqu’au bout de ce que j’ai commencé (une des questions que je me pose par exemple est de savoir combien de temps je dois laisser ce « blog » ouvert encore après la publication du dernier papier). Du coup, je profite de ce « temps neutre » pour réfléchir et relire certains auteurs importants pour moi. A ce jour je n’ai écrit qu’une seule nouvelle « sérieuse » (pas Canard quoi), histoire de garder un rythme mais je soupèse tout un tas de choses sans importance dans l’ombre des dernières publications.
          M’enfin merci encore pour ton commentaire.
          @+ mon pote

  12. Chipstouille
    03.19.2015

    Argh, tu envisages de faire disparaître ce blog!
    Nooooon!!!

    Sinon pour Astier… C’est plus l’état de manque sur lequel j’essayais d’établir une comparaison. Mais oui, il y a de ça aussi :)
    C’est pas faux.
    Kaamelott c’est une sacré tartine. Je n’ai pas spécialement accroché du premier coup non plus, vu qu’ils passent une bonne partie des épisodes à s’engueuler. Mais une fois que tu tombes dedans, difficile de s’arrêter…

    Vu que tu es quelqu’un de très occupé, je te conseille donc un sketch, plus court, pour apprécier l’artiste:
    https://www.youtube.com/watch?v=8mSed9Du0kU

    Il est en tournée sur un spectable un peu plus long, qui reprend le thème…

    • Canard
      03.20.2015

      Je connaissais ce sketch, super drôle et bien écrit. Ce mec est brillant de toute façon. Rien qu’en interview, je le trouve « sain » dans son approche des choses. Après c’est pas que je suis « occupé » c’est que je peux pas être partout. Et si je commence à mater des trucs comme KAAMELOTT, vous êtes pas prêt de lire autre chose un jour ;)

      Pour le blog, je sais pas ce qu’il convient de faire en fait. Une fois que ce sera terminé, je le laisse « ouvert » mais quel est l’intérêt ? Tous mes lecteurs auront déjà tout lu… Et je doute que du jour au lendemain des hordes de nouveaux lecteurs déboulent comme ça. Donc je sais pas trop.

      • Xav_le_ouf
        03.23.2015

        Il faut le laisser un peu ouvert genre 1 ou 2 ans.
        Ne serait-ce que parce qu’une fois le dernier papier publié j’ai déjà prévu de me relire les premières saisons en espérant avoir un peu oublié et donc pouvoir retrouver une sensation de « première fois » (ou avoir une lecture différente en connaissant déjà la chute).
        Et puis si tu veux persévérer dans l’écriture, ce sera un peu comme une vitrine non ?
        Ou même, le jour où tu reçois le Goncourt pour un bouquin, les gens vont se ruer sur le site pour découvrir tes débuts !!! Comme on écoute les premiers albums d’un groupe qui sort une bombe (et se rendre compte souvent que leurs débuts sont moisis, mauvais exemple).
        Bref, ne ferme pas le site, en tout cas pas tout de suite.

        • Canard
          03.23.2015

          Ouais c’est gentil, merci blabla.
          Un an ou deux, ouais ça me semble pas mal. Faut que je consulte mon assistante Heavy REM sur le sujet.
          Beaucoup m’ont parlé aussi de sortir une version papier ou téléchargeable pour les trucs genre Kindle ou je sais pas quoi.
          J’en profite pour te dire – vu que tu parles de « relecture » – que j’ai promis à un lecteur de proposer une lecture chronologique donc je pense créer un peu avant la fin une page spéciale avec tous les papiers « dans l’ordre ».


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