Mon année Jazz (1/2)

slider28picto052_3

Mon année Jazz

 1

Je ne l’ai pas de suite remarquée. Elle a serpenté autour de moi, se mouvant dans l’ombre comme un gros chat qui vous frôle subrepticement la jambe avec sa queue. Sans aucun « brother of Metal » autour de moi, j’avais échoué pour ainsi dire nulle part. Alors comme souvent je m’étais réfugié dans les livres, le tout recouvert de plusieurs chapes de Thrash pour oublier le reste. Elle a sans doute essayé d’engager la conversation à un moment, mais j’étais tellement concentré à me dissocier de ma classe de terminale que je n’ai rien capté. Puis un mec de ma classe a fait une blague sur le fait que Peggy me collait aux basques, tout le monde a rigolé et j’ai commencé à reconsidérer les faits sous un jour nouveau. Aussi, quand elle a demandé à lire ma dissertation de philo « pour comprendre les éloges du prof », mon cœur s’est mis inexplicablement à battre la chamade. Assise en tailleur, penchée sur ma copie, j’observais cette brune gironde fronçant les sourcils à mesure qu’elle tourne la douzaine de pages (recto-verso) que j’ai pondu pour l’occasion (« Monsieur Canard, ce n’est plus une dissertation mais un essai. Quand bien même vous êtes passionné, il faut apprendre à synthétiser un peu votre pensée »). Vêtements amples, dreads, colliers et bracelets de pacotille ; Peggy a le look typique de la terminale littéraire. Presque pas de maquillage parce que ça fait pute, elle roule ses clopes parce que c’est moins cher et traîne toute l’année le même châle gris qu’elle utilise comme écharpe quand il fait froid, sinon pour enrouler ses tresses le reste du temps.

— Tu as vraiment lu tous les livres que tu cites ?

« Bah non duconne, j’ai balancé des noms au hasard en me fiant à la quatrième de couverture »

— Évidemment.

Elle me regarde un instant avec intensité, difficile de savoir si c’est de l’admiration ou une bête curieuse qu’elle contemple. Elle replonge aussitôt dans ma copie avec tout le sérieux du monde.


Le reste de la chronique est désormais disponible en version Kindle ICI (jusqu’au 31 aout 2016, PGC participe au concours des « Plumes Francophones », merci pour votre soutien)

Retour aux Chroniques
Retour en haut de page

A propos de Canard :

Les autres commentaires de Canard

28 réponses à “Mon année Jazz (1/2)”
  1. The Great Ninja
    01.14.2015

    Ce Canard…mais quel enfoiré ! Condamné dès le lycée, puis à la faculté, d’être, à son cœur défendant, « The Great Pretender », il ne savait se protéger que dans la méchanceté cancanante.

    Je ne les ai pas toutes lues, mais je trouve cette histoire particulièrement bien écrite.

    • Canard
      01.14.2015

      Merci, merci.
      Plutôt que de lire mes conneries, tu devrais te concentrer sur ton papier spécial « Ass Ass » ;)
      « Love me tender, love me true »

  2. Ahazar
    01.14.2015

    Très belle plume comme toujours. Néanmoins une chose que je ne comprends pas: pourquoi dénigrer le jazz en devant tes amis alors que tu avais pris conscience des pépites qu’il abritait ?
    Bonne continuation ;)

    • Canard
      01.14.2015

      Mauvaise foi, sans doute. Ou prise de conscience incomplète. Quelque chose entre les deux, sûrement. Mais la suite devrait t’éclairer davantage sur le pourquoi du comment.

  3. 01.14.2015

    Ca fait plaisir de retrouver la thèse d’ovaire et contre tous ;)
    Pour le brisage de coeur, il faut peut être croire que te lire m’a blindé sur ton traitement du coeur féminin (bien que tes dégouts chez elles me parlent vraiment beaucoup, je n’ai pas le coeur de les penser). Ou alors le fait que tu l’ai rembarré non intentionnellement fait que manque de bol pour toi mais cette fois ci, tu es non coupable.
    Sinon Magma encule un paquet de groupe de metal.
    Et quoi écouter dans les premiers albums du priest steuplait?

    • Canard
      01.14.2015

      Presque tous. « Stained Class » en priorité. Mais ils ont tous leurs charmes, leurs reliefs et leur arrière-goût suranné délicieux (perso je suis assez fan de Killing Machine puis Sad Wings est l’un de mes premiers albums du groupe).

  4. MrPropre
    01.15.2015

    LE style Canard ! Je sent une belle progression depuis 3/4 papiers.
    Après les éloges, dis-moi, pourquoi t’es allé chercher ce prénom? Peggy, c’est super laid? La première fois qu’il apparait dans ton texte : « Peggy me collait aux basques… ». Peggy pègue à Canard comme un vieux chewing-gum sous ma godasse.
    Va t-on découvrir dans la dernière saison un Canard mettre pour une fois de l’eau dans son vin, sous le charme d’une jolie blonde? Arrêter Slayer dans ta voiture pour ne pas effrayer une bombe qui y pénètre? Jouer la ruse, séduire?
    Une idée?
    « Canard observa Joanna intensément. Elle portait un tailleur noir et avait rassemblé ses cheveux en un chignon chic… Elle lui avoua que le seul guitariste qu’elle connaissait était Francis Cabrel mais sa beauté éblouissante laissait Canard sans voix. Naïve, elle n’imaginait pas que quatre musiciens puissent faire autant de bruit. Le son la dérangeait, mais elle n’osait rien dire. Canard baissa le volume, Il sentait ce désir irrémédiablement mont… » ;-)

    Très heureux de te lire une saison (romantique) de plus. Merci d’avance.

    • Canard
      01.15.2015

      Quand j’ai commencé à écrire cette histoire, j’avais d’abord commencé à coller des prénoms que j’aimais bien pour le personnage. Puis dès que je noircissais un peu mon calepin, « Peggy » revenait tout le temps, naturellement. Parce que c’était son vrai prénom. Et c’est vrai qu’il est pas terrible, mais du coup pour moi il « crédibilise » au final un peu plus le récit, parce que justement on ne choisit pas « naturellement » un tel prénom pour une telle histoire.
      Mais sois rassuré (ou pas), hormis ce papier, la saison 4 est plutôt plombée. Rien que le prochain, « Ma nuit avec les G-Squads » se rapprochera d’un certain « Here Comes the Pain »…

      • Skyzosheep
        01.16.2015

        Peggy la cochonne, du muppet show? J’ai pas pu m’empêcher d’y penser en lisant.

  5. Daheraetik
    01.15.2015

    Délectable, de quoi commencer en beauté cette année. J’ai passé la soirée à thrashisé, j’ai du sentir l’assaut proche du Canard.

  6. Skyzosheep
    01.15.2015

    Ah! Le retour du canard sadique comme on l’aime! J’adhère à cette nouvelle nouvelle (vive la langue française). Encore une preuve de talent de la part du palmipède… C’est vraiment un plaisir de te lire.
    En revanche, je sais pas si je suis devenu insensible au côté odieux du canard ou si c’est la nouvelle qui a été pensée comme ça, mais je n’ai pas ressenti de désaccord profond avec les intentions du canard à la lecture de ce texte (contrairement à d’autres nouvelles où j’avais envie de le baffer)

    • Canard
      01.15.2015

      C’est parce que tu t’es habitué.
      La suite de « Mon année Jazz » devrait te surprendre. Comme souvent, je m’amuse à brouiller un peu les pistes pour aller « ailleurs ».

      Mais sinon, t’inquiète, dans le prochain papier (« Ma nuit avec les G-Squads »), tu retrouveras le Canard en mode « tête de con ».

  7. 01.15.2015

    Excellent début de nouvelle, mi-touchant (sans être cucul), mi-cruel (sans être insupportable). Je trouve, comme d’autres, que le niveau d’écriture est monté d’un cran.
    Au risque de me tromper, je pense que les proportions sont meilleures (davantage de narration, moins de dialogues).
    Vais m’atteler à tout relire, un jour. Et en profiter pour dresser la liste des mes écrits préférés.

    • Canard
      01.15.2015

      Vais m’atteler à retoucher de mon côté les premiers écrits qui étaient effectivement moins torchés.
      J’ai pensé PGC avec une montée en puissance progressive et des histoires de moins en moins directement liées au Metal. L’idée étant que les quatre saisons (oui comme la pizza) forment un « tout » assez cohérent. D’où un retoilletage de l’ensemble un peu plus tard.

  8. Pilgrimwen
    01.15.2015

    Grosso merdo : t’étais un connard de premier ordre… Doublé d’un pervers… Heureusement, comme on dit, « les gens (parfois) changent »…

    • Canard
      01.16.2015

      Merci, merci. Ca fait toujours plaisir…

  9. Tonton RG (Beurk Rogers Bla bla bla...)
    01.16.2015

    C’est vrai que t’es un beau salaud quand même!
    As- t écouté des trucs comme Steps ahead ou évidemment Pat Metheny? Stanley Clarke? Y’avait de bonnes choses la dedans bien que je sois réfractaire au jazz…

    • Canard
      01.19.2015

      Steps Ahead, connais pas. Pat Metheny, oui, Nico le pion aimait bien, il m’avait fait écouter (j’en garde aucun souvenir). Stanley Clarke, ma mère aimait beaucoup, j’aime pas trop non plus. De toute façon, le jazz n’est pas trop ma tasse de thé. J’ai bien aimé certains artistes (Louis Sclavis et Coltrane en tête), mais globalement je me suis ennuyé.

  10. Tonton RG (Beurk Rogers Bla bla bla...)
    01.20.2015

    Metheny est un super gratteux. Stanley clarke est surtout connu pour son album school days , c’est super catchy pour du jazz. Ensuite c’est carrément pas ma tasse de thé, le jazz… J’ai surtout l’impression que les gens qui écoutent du jazz, le font parce que c’est une musique dite, intelligente, et que ça fait beaucoup mieux que de dire qu’on écoute du rock ou du metal!

    • Canard
      01.21.2015

      Oui, c’était un peu l’analyse que j’avais faite au lycée des mecs de mon âge qui en écoutaient : ils aimaient davantage l’idée d’aimer le genre, que le genre en lui même.
      Maintenant, je crois que c’est aussi une musique qu’on ne peut apprécier qu’en vieillissant et/ou en faisant de la musique. En ce sens, je crois par exemple que le Nico le pion (dans « Nico des Savanes ») était aussi sincère que pertinent sur le sujet.
      Perso, je préfère zapper cette case pour passer du Metal directement au Classique ;)

      • chromeboy
        02.10.2015

        Après il y a jazz et jazz!
        Tu as le jazz qu’on qualifierait de commercial, un peu comme ces nanas piano-bar qu’on voit dans la plupart des films polars qu’on apparenterait à du guns: quelque chose de facilement accessible, écoutable et commercial.
        de l’autre tu as le jazz plutôt harcore: intello, complexe, inaccessible car on a l’impression que chaque membre joue dans son coin une partition différente sur un rythme différent.
        Je suis comme toi je préfère le classique: tout aussi complexe mais moi ampoulé, moins branlette.

        sinon bon papier mais comme les autres je m’interroge: te verra-t-on un jour sensible et réceptif au charme féminin aussi bien amicalement mais pourquoi pas sentimentalement dans tes papiers?

        • Canard
          02.10.2015

          Suis d’accord. Sur le Jazz à dissocier en deux etc.
          Pour ta question, je répondrais : « qui vivra verra » ;)
          Et j’ajouterais que ma Blonde actuelle (Label Rouge, élevé au grain et tout le bazar) est la preuve que oui.

  11. réplicant
    03.11.2015

    Comme disait l’autre : j’aime tout chez Metallica sauf leur musique.
    Jaco Pastorius, ce mec est dingue…Magma, ces gens sont méchants…Eric Dolphy…ce gars est fou et destructeur. Coltrane …des notes coulent dans ses veines.
    Que des punks en fait.
    J’aurais aimé la rencontrer ta brune…tu as des nouvelles ?
    Ma seul concession au metal, c’est Thin Lizzy mais bon tu dois detester..j’suppose.
    Je ne suis jamais d’accord avec toi mais j’aime bien ton blog. Tu la connais la chanson « la teigne » de Renaud ?

    • Canard
      03.11.2015

      Jolie référence.
      Et THIN LIZZY figure tout en haut dans mon panthéon du Hard Rock (aux côtés de Ass-death, Led Zep et Aerosmith).
      Donc tu supposes mal, mais t’as pas si mauvais goût au final ;)
      Merci pour ton commentaire.

  12. réplicant
    03.11.2015

    Ah oui…y a le jazz à papa, la jazz à bobo et le jazz qui pue ! Celui là qu’on écoutait dans mon quartier. Qui a vecu dans un quartier dans les annees 80 sait de quoi je parle. D’ailleurs meme le hip hop est jazz. Le premier public ennemy…si c’est pas du metal !!!! Enfin, j’m’egare.
    Les hardos c’était plutôt chez les bourgs qu’on les trouvait ! Ah, ah, ah je me rappelle nos descentes crasseuses dans les concerts de jaaaazzzzz à papa … malgré eux, ils ne pouvaient que nous détester les bourgs avec nos manières de sales pauvres qui mettaient les pattes sur leurs filles. Souvent belles d’ailleurs et douces.
    Le jazz est une musique du ghetto à la base. Bon comme disait zappa, il est pas mort…c’est juste qu’il a une drôle d’odeur.
    Non sérieux, je me retrouve dans tes écrits Canard…j’aime bien.

  13. réplicant
    03.11.2015

    Thin Lizzy aux côtés de Ass Death…rien que le nom je suis pêté de rire !!!!
    Non, je me doutais bien que tu devais apprécier Lizzy.
    Mais qu’est-ce qu’elle est devenu la brune ???? J’ai eu le beguin pour elle rien qu’en te lisant. Je suis sûr que toi aussi. J’me trompe ???

    • Canard
      03.11.2015

      Ass Death = AC/DC
      Et la Brune a disparu à jamais après le lycée (je ne me souviens même plus de son nom de famille exact).


Répondre


Et aussi…

 

slider35
slider34
slider23_bonus
slider33bis
slider33
slider32
slider31
slider30