Quand on arrive en ville (1/3)

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— Vous comprenez qu’ici, madame Canard, c’est un établissement privé réputé, que nous recevons plus de demandes que nous ne pouvons accueillir de lycéens…
— Bien entendu, répond ma mère. C’est précisément pour cette raison que nous préfèrerions que notre fils passe son Bac ici.
— Oui, vous voulez surtout éviter la sectorisation sur Jeanne d’Arc. Comme tous les autres parents…

Ma mère baisse la tête, tandis que l’espèce de conseillère scrute mon dossier en silence. Jeanne d’Arc est un lycée de plus de cinq milles lycéens, en pleine ZEP, adossé aux flancs de l’une des pires cités de la région parisienne.

—  Vous comprenez, madame Canard, qu’avec un dossier pareil, je vais être obligé de refuser l’inscription de votre fils?
— Mais regardez sa moyenne générale,  plus de 12/20 ! Et il a eu 15/20 en français et en histoire au brevet blanc…
— Huit avertissements de conduite en quatre ans ! Huit ! Je n’arrive même pas à visualiser ce que fait votre fils en cours pour avoir des appréciations pareilles.

La conseillère me dévisage, elle attend que je dise un truc, que je me défende. Sauf que j’avais promis à ma mère de ne pas dire un mot pendant l’entretien. Elle voulait être à la manœuvre de A à Z.

— Non, mais regardez…. « Ne viens pas en cours, mais quand se décide à venir pose problème », « Insolence incessante », « Perturbe la classe, empêche tout le monde de suivre », « Ne travaille pas », « aucun effort », « désapprend au fil des cours ses maigres connaissances »… je continue ?
— Regardez ses notes, souffle ma mère dans un dernier effort.
— Ce dossier est incompréhensible. Je suis désolé, Madame Canard, mais j’ai une longue liste d’attente d’élèves qui veulent vraiment travailler et avoir leur Bac.


Le reste de la chronique est désormais disponible en version Kindle ICI (jusqu’au 31 aout 2016, PGC participe au concours des « Plumes Francophones », merci pour votre soutien)

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Les autres commentaires de Canard

13 réponses à “Quand on arrive en ville (1/3)”
  1. Tonton
    04.14.2014

    Ah ah j’attends la suite avec impatience, canard frisé!!!

  2. T.
    04.14.2014

    Salut,

    je lis tous tes papiers depuis le début, par habitude, sans vraiment savoir si j’aime ta démarche et ton style.

    Je ne me suis jamais retrouvé dans la « revendication d’être metalleux » et ce que ça implique, assez peu dans l’approche de la musique (ou plutôt l’extra-musical même si je ne suis pas très clair là) qu’a ton personnage, Canard, ni dans ses expériences, et j’aime très rarement les écrits sur la musique et j’aime encore moins m’intéresser à l’auteur et au pourquoi d’une oeuvre.

    Mais ça ne me pose pas de problème puisque le sujet m’intéresse (presque) toujours beaucoup, beaucoup moins que son traitement.

    Donc pour faire simple, dans l’ensemble je trouve ça plutôt bien, voire très bien écrit; c’est fluide, vivant, et la passion que tu mets dans tes textes est vraiment palpable. Mais je pense que je ne suis pas vraiment réceptif à ton style finalement.

    Je suis très attaché au traitement des personnages, et là, je suis partagé. D’un côté on sent une certaine authenticité (j’men fous de la vérité) chez tes personnages et leurs mises en situation. Et en même temps j’ai toujours cette impression que les personnages qui ne sont pas Canard sont majoritairement des faire-valoir de cet excessif protagoniste qui semble « supérieur » à tous dans le bon comme dans le mauvais. Si Canard est mauvais, il l’est plus que les autres, s’il est bon, il l’est plus que les autres (je caricature bien sûr). Ça manque à mon goût d’un peu de nuance, dans le sens où je n’arrive pas trop à voir si ce manque de nuance provient de la vision du personnage à un certain moment de sa vie ou bien de celle de l’écrivain à propos de celle du personnage a posteriori.

    Reste que cette dernière chronique m’a donné envie de laisser un premier commentaire. J’ai adoré les parties 1 et surtout 3 que j’ai trouvées très juste dans l’humour (j’me suis bien poilé ahah) et la description progressive (lycée=>semblant de… « prison »=>savane/monde animal=>groupe d’ « individus » indistincts, qui attends).

    Evidemment y a bien d’autres moments dans différents écrits que j’ai bien aimé hein, mais de souvenir (j’ai pas relu les autres avant de poster), celui-là est mon préféré.

    En tout cas, et sans aucune condescendance, bravo pour ton travail et pour la conviction que tu mets dedans.

    T.

    • Canard
      04.15.2014

      Merci pour ton commentaire tout en nuance.
      Pour répondre entre les lignes, il n’y a pas de « revendication » à être metalleux. C’est plutot quelque chose qu’on ne choisit pas, « born into this » (né comme ça) comme disait BUKOWSKI. Après certaines de tes interrogations trouvent leur réponse dans l’entretien que j’ai donné ici :
      http://www.pasgrandchose.com/interview/
      Pour ta remarque par rapport au traitement des personnages, elle est ma foi assez « juste » et intéressante. J’ai essayé de glisser des nuances dans certains récits, je pense avoir su montrer dans certains papiers certaines limites, certaines faiblesses. Le cas « JF » par exemple fera l’objet d’un traitement à part. Je pense avoir su montrer mon côté con et borné dans « David Charvet contre Sepultura », je pense aussi que ZardÛ est un peu plus qu’un faire valoir dans la saison 2 etc. Après comme tu dis, on n’est pas forcément réceptif à mon « style » ou mes histoires, ce que je comprends très bien. Je n’ai par ailleurs aucune prétention d’écrivain et ne me considère pas comme tel.
      En revanche (et en ce sens la suite de PGC pourra peut être te plaire davantage), je compte au fil du blog aller de plus en plus vers des papiers plus nuancés, plus délicats. Je compte exprimer des choses un peu différente sur la fin.
      J’ai ouvert PGC « tambours battants » avec des anecdotes plutot funs et des « faits d’armes ». La tonalité de mes chroniques a un peu évolué avec la saison 2, elle sera un peu différente avec la saison 3 et se terminera sur des textes encore un peu différents pour la dernière saison.
      Enfin voilà.
      Mais merci pour ton commentaire.
      @ tantot
      Canard

    • fitch zardû
      04.17.2014

      Cher T., Canard n’est pas supérieur à Zardû, manquerait plus que ça. :0). Précision et là je cite Rimbaud (first blood) : le canard qui dit « je » dans toutes les aventures de PGC est un personnage volontairement outrancier, comme un acteur jouant un rôle plutôt pas élogieux à la Vincent Elbaz dans « Le péril jeune ». On est ici presque dans un roman picaresque à la « Lazarillo de Tormes » et c’est ça qui est bon. Creuser davantage la psychologie des autres personnages est un angle d’écriture à explorer, qui ne pourra qu’enrichir le récit. Mais, même s’ils semblent « survolés » jusqu’alors, les autres protagonistes ne sont pas que des faire-valoir. Pour en être convaincu, relis donc « Zardû » et « Zardû strikes back ».

      • Canard
        04.17.2014

        Merci pour ta précision.
        Je sais que tu aimes à croire que je ne fusse pas aussi con, borné etc. Malheureusement, je sais ce qui « est ».
        Je m’autocite d’ailleurs (c/c de mon entretien avec Jésus) :

        « Un journaliste avait posé cette question à Bukowski. Il se demandait à quel point ses nouvelles les plus épouvantables étaient inspirés ou non de faits réels. Bukowski avait répondu : « 30% », puis d’ajouter « je minore ou j’exagère la réalité dans cette limite pour rendre mes histoires plus intéressantes qu’elles ne sont ». Inconsciemment, je m’applique cette règle. Toutes mes histoires ont une base réelle. Parfois, j’enlève des passages gênants ou je croise plusieurs histoires pour n’en faire qu’une. Pour te donner une idée, des nouvelles comme « Pique Sells » ou « Fade to Black » font partie de celles qui collent le plus à la réalité. Mais pour répondre à ta question, il n’y a rien « d’inventé » dans ce que je raconte. De toute façon, si je veux garder une certaine « viscéralité » dans ma plume, je suis obligé de coller à la réalité, à un certain vécu. J’aménage donc, mais je n’invente rien.

        C’est mon personnage que je mets en scène, une grande partie de moi. Mais pas complètement. Le « vrai » Canard est parfois plus amoché, plus con, moins marrant ou moins malin. Tout dépend des histoires.« 

  3. Tonton
    04.15.2014

    Ok je suis un faire valoir, maintenant???
    Plus sérieusement je comprends un peu T dans ce qu’il exprime et je dois bien avouer y avoir un petit peu penser aussi… Désolé mon caneton… Mais quand on lit l’interview (enfin moi je n’ai pas eu besoin puisque tu m’as tout expliqué de visu), tout s’illumine mon cher T, Canard est un être sensible et délicat… Comme une clé à mollette…

    • Canard
      04.16.2014

      AH AH AH AH
      C’est vrai que toi aussi avec deux papiers qui te sont consacrés t’es un super faire valoir aussi.
      Sachant que j’en ai pas fini avec toi ;)
      Là où je ne suis pas d’accord avec la remarque de T. tient justement au fait que je ne me dépeins pas de façon « glorieuse » (en pire ou en mal) dans tous mes papiers. Rien que dans « Mentor », on passe par plusieurs états différents, je suis tour à tour « victime » (dans « De l’influence de Maiden »), bourreau (« Here Comes the Pain ») parfois plutot marrant, con, pathétique, monomaniaque etc.
      Tous ces aspects sont une partie de moi. Comme tout le monde ai-je envie de dire. Nous formons tous un « tout » complexe faite de choses plus ou moins reluisantes. Je ne pense pas donner une image du Canard si décalée, si complaisante, si glorieuse (ou que sais-je encore) que cela.
      M’enfin, c’est pas grave. Et surtout ça me conforte dans mon idée d’amener mes papiers de plus en plus vers des choses claires-obscures.

  4. Axldobby
    04.15.2014

    Juste envie d’écrire cela: « l’habit ne fait pas le moine »…

  5. Thorwald
    04.15.2014

    Ah, le retour du Canard, ça fait plaisir ! Excellent papier, tout plein de passion et de nostalgie de cette époque que je n’ai pas connu, où notre musique n’avait définitivement pas le même statut !
    J’imagine qu’on va avoir le droit à une sociologie du clan des hardos. Je pense notamment au fameux « Nicolas of Death »^^

    • Canard
      04.16.2014

      Bien vu pour le « Nico of Death » ;)
      Il apparaîtra un coup de vent plus tard. Et pas dans ce papier, le suivant.
      Sinon bah merci tout plein.
      @+
      Coin COin

  6. KaosFactor
    04.17.2014

    Ah, le lycée… Ce lieu de souffrance qui m’a définitivement confirmé dans la misanthropie. Enfin, j’exagère quand même : il y a eu des bons moments quand même.

    Par contre, je suis toujours ravi de rencontrer une de ces personnes qui a compris que l’important ce n’était pas de se crever à la tâche, mais bien de ramener du 10/12 en fin d’année. On devrait monter une organisation : « soyez moyen, soyez heureux ! »

    Texte toujours aussi vivant et bourré de madeleines à 2,21 gigawatts (comprenne qui pourra). Merci, m’sieur Frisou.

    Ah, si, petite interrogation toute personnelle : toi qui a une vision si analytique de la musique, n’as-tu jamais eu envie de passer de l’autre côté ? De devenir musicos ?

    • Canard
      04.17.2014

      Merci pour ton commentaire.
      La vie a fait que je n’ai jamais eu vraiment l’occasion d’apprendre d’un instrument etc. Je ne pense pas être doué pour cela de toute façon. Mais effectivement il eusse été logique qu’à un moment je me jette la-dedans.
      @+
      Canard

      • KaosFactor
        04.18.2014

        Et un jam avec M’sieur Zardû ?? ^^


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