Zardû Strikes Back (1/5)

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Partie 1 : Jour de l’annonciation (I)

 ZARDÛ : Eh mec, je viens de mater sur Nightfall, dis-donc tu te l’es donnée sur Skyclad, tu kiffes ce groupe on dirait ?
CANARD : Bin ouais. C’est super Skyclad, tu ne connais pas ?
ZARDÛ : Pas bien non. J’ai
The Widdershins Jig qui est dans la compil’ « Metal Rock thrash and speed » sortie en 1992. Autrement, le reste de la discographie m’échappe. D’après-toi, quels albums sont les meilleurs ?
CANARD : Commence par
Silent Whales, le plus consensuel, le plus facile peut être pour entrer dans Skyclad. Mon préféré reste Prince of the Poverty Line, qui était aussi mon premier Skyclad.
ZARDÛ : Noté ! Et toi, de ton côté, t’as pensé quoi de Pro-Pain ?
CANARD : C’est pas mal, ça manque de mélodies et de riffs accrocheurs mais c’est bien efficace, y a pas de doute.
ZARDÛ : Pardon, ça manque de… riffs ??? On parle du même groupe là ?
CANARD : Bin ouais. C’est pas super mélodique quand même. Enfin, c’est bien efficace, brutal, sans concession étouétou… Je vois ce qui te plait là-dedans en tout cas.
ZARDÛ : Non mais t’as entendu cette voix ? De la violence à l’état pur, sans pour autant tomber dans les clichés ridicules des voix de death, c’est magnifitch !!! D’ailleurs, c’est un peu la même démarche dans Skyclad, Martin est un bon gueulard. Y aurait moyen que tu me files ce que t’as en MP3 ?
CANARD : Je te file ça sur clé USB ce midi.

Il est 18h passées, le gros de la troupe a foutu le camp. Zardû traînasse à son bureau, profite de l’absence de son collègue pour potasser un article sur fond de Pro-Pain. J’attendais le « bon moment » pour lui parler, sans oreille qui traîne. Le cœur gros, j’avais soupesé la façon dont j’allais lui annoncer la chose. Chaque mot, le rythme, le ton. Sans être dramatique, mais quand même, merde quoi.

Zardû lève les yeux de son écran. Large sourire et bouche en cœur.

— Mini Boule ! Comment va ?
— Je vais me barrer.
— Hein ?
— T’as parfaitement entendu. Je me tire ! J’ai trouvé un nouveau « job ». D’ici un mois, je me serai cassé.

Il fronce les sourcils et replonge, mutique, dans son écran. Je ne m’attendais pas à cette réaction. Normalement, il devrait crier, faire de grands gestes puis des bisous.

— Oh ! Fais pas la gueule !
— Que veux-tu que je te dise ?
— Bah je ne sais pas, dis quelque chose, c’est tout.
— C’est TOI qui a décidé de te barrer, inverse pas les rôles…
— Où veux-tu en venir ?
— Tu fais genre « je subis, c’est triste » gnagnagna. Tout cela ne tient qu’à toi. Tu es maître de ton destin, de ce que tu fais ou choisis de faire.

Pas faux. Sauf que Zardû ne sait pas grand-chose de ce qui se trame en off dans les parages. Il n’a qu’une vague conscience de la « filsdeputetitude » de nos supposés supérieurs. Un mélange à parts égales de couardise, de cynisme et d’incompétence. Être dans le « secret de ces mauvais dieux » est une croix à porter, un apostolat de tous les jours qui a commencé à m’atteindre depuis un moment. Sait-il combien il est difficile d’entendre un manager — intellectuellement malhonnête — pourrir un collègue qu’on apprécie ? On se consume de l’intérieur, on s’étiole, on se déteste en même temps qu’on sent son intégrité s’envoler chaque jour un peu plus.

— Je suis affligé. Je suppose que tu as tes raisons, mais ça reste ton choix de foutre le camp.

Zardû continue de fixer son article en pinçant les lèvres. Je regarde ce grand escogriffe de près de trente-cinq berges faire la moue comme un enfant de six ans.

— Crois-moi, j’ai fait ce que j’avais à faire ici, mieux vaut pour tout le monde que je me tire en premier.

Je tourne les talons et remonte à mon bureau reprendre mes affaires. Putain, c’est pas comme si j’allais caner dans les prochains mois. Faut pas exagérer.

ZARDÛ : Dis Canard, comme j’ai overkchiffé les MP3 que tu m’as filés, je me suis acheté quasiment toute la discographie du groupe. C’est super éclectique, cette diversité m’a emballé. Et puis, ya des textes, bien écrits, intelligents, drôles. Du coup, j’ai rematé tes chroniques sur NIME. Je reconnais bien ta façon de noter… Même quand tu ne trouves pratiquement aucun défaut à un album, tu cherches toujours la petite bête pour te contenter de la note la plus basse possible. C’est d’ailleurs ce que tu as fait en attribuant royalement un 4/5 à The Silent whales of lunar sea. J’en suis presque venu à croire que le fait qu’il soit le préféré des fans joue contre sa popularité à tes yeux.
CANARD : Je suis toujours trop sévère selon toi de toute façon. Pour comprendre les premiers Skyclad, il faut que tu prennes le temps d’écouter Sabbat, le premier groupe de Martin Walkyer, le chanteur. Du Thrash bien touffu. Skyclad sera très marqué au début par cet héritage. La « bascule » vers le folk se fera sur l’album
Jonah’s Ark, que j’aime beaucoup au passage.
ZARDÛ : Parlons-en justement de
Jonahs’ Ark. Tu reconnais toi-même sur NIME que c’est une clé de voûte dans l’identité du groupe et pourtant tu le gratifies d’un 3/5 et ne recommandes même pas de l’acheter ??? J’ai trouvé ça assez « chelou », un peu choquant même. Parfois, je me demande ce qu’il faut faire pour te convaincre.
CANARD : Tu fais chier, je ne suis pas une midinette qu’on séduit en deux secondes, faut mériter ses louanges avec moi.
ZARDÛ : Je te charrie partiellement chaton. Moi non plus je n’aurais pas mis un 5/5 à
Silent… rien que pour la bonne et simple raison qu’ils ont utilisé des nappages de synthé de merde sur Just what nobody wanted et Jeopardy, par exemple. Pour moi le synthé est une hérésie dans le métal. C’est mon côté Art – Nazi. ;0).
CANARD : ;0)

 « M’en fous, c’est toi qui annonces au Posse ! »  avait gueulé Zardû le lendemain matin même à la machine à café. Le Posse… Notre petit Club des Cinq du taf. Davidier, Thomas, Sof, Zardû et moi-même. Aussi différents les uns que les autres, mais liés par une alchimie que seules les bonnes natures humaines arrivent à créer quand elles se rencontrent. Un modèle d’équilibre rendu possible par sa spontanéité, loin de tout calcul.

— Rendez-vous ce midi tous les cinq chez le « keugrê ». Tu te charges de faire en sorte que le Posse soit au complet.
— Salade, tomates, oignons ! hurle Zardû.
Sur le chemin, étrangement, je me sens léger. Aucune appréhension de quoi que ce soit. Avec un zeste de recul, mon départ me semble si « naturel »… Forcément, un jour ou l’autre, l’un d’entre nous allait rompre notre petit cercle. Vu mes fonctions et l’historique de la maison, cela ne pouvait être que moi. De nous tous, j’avais été le plus marqué par l’ambiance mortifère des derniers mois, j’avais mené des guerres internes et remporté des batailles. Après le combat, la paix, puis la retraite.

— Je vais me casser, les gars.

Tout le monde lève le nez de sa harissa. Davidier repose sa fourchette et me regarde interloqué.

— Quand ?
— J’ai filé ma démission avant-hier, j’ai négocié mon préavis en le réduisant à un mois.
— Tu vas où ?

Je donne les détails. Sof, comme à son habitude, pose des questions pertinentes. Zardû hurle ses vannes dès qu’une micro seconde de silence le permet. Thomas rigole des vannes de Zardû et s’en fout. Davidier repasse derrière Sof pour terminer l’interrogatoire dans un brouhaha constant. Au bout d’un quart d’heure, on a fait le tour de la question et BFMTV accroché au mur du restaurant, avec ses infos en boucle, se fait entendre pour la première fois.

— Vu mon implication dans le bazar des derniers jours, je ne pouvais pas rester. De toute façon, étant donnée notre structure, je me serais tiré un jour ou l’autre. Là, j’estime que c’est le bon moment.

Je laisse derrière moi un champ de ruines. Donc une page blanche à écrire.

— T’es qu’un traître ! hurle Zardû en me souffletant doucement le visage.

Je souris.

— Fallait bien que ça arrive…
— Oui, mais pas si vite !
— Sérieusement, je suis arrivé à ma limite. Je commençais vraiment à en avoir marre…
— De quoi ? demande Sof.
— De voir mes potes servir la soupe à des crétins. De leur hypocrisie, de la façon dont ils vous vampirisent, s’approprient votre travail… Marre aussi de devoir me battre pour des queues de cerise, tandis qu’eux, depuis leur tour d’ivoire, décident de s’octroyer la part du lion.

Grand silence. Zardû me regarde comme une sorte de Christ au crâne rasé.

— Sans déconner, vous valez tous plus que vos patrons. Vous méritez mieux que ces cloportes. Plus vous traînez à leur contact et plus vous y laisserez quelque chose, vous dépérirez. Alors, un conseil : foutez le camp. Dès que vous pouvez.

A force d’avoir causé, mon grec est froid. Je mange sauvagement en regardant Sarkozy remercier les militants UMP de l’avoir élu. Il surfe sur les émeutes de la gare du Nord pour donner la couleur de son programme : la sécurité. Je regarde ce peigne-cul se dandiner sur son estrade. Ce sont les crapauds de cette espèce qui prennent le pouvoir. Jamais le Club des Cinq.

 ZARDÛ : Bon sinon, avais-tu remarqué en écoutant au casque que Martin est pourvu d’un magnifique $eveu $ur la langue ? C’est pas du tout crédible. J’adore le paradoxe : « Je fais peur avec mon armure, ma grosse voix et mes paroles apocalyptiques, mais, en fait $’est ju$te pour ma$quer le fait que j’ai un $uper défaut d’élocu$ion qui me rend ridicule au ca$que ». MOOUUUARRRF… Et sinon, tu les as déjà vus en concert, ça doit donner, non ?
CANARD : Peut-être. Sûrement même pour le cheveu sur la langue, j’ai jamais vraiment fait gaffe, mais, maintenant que tu le dis. Ouais, je les ai déjà vus en concert, à la Maroquinerie. Mais c’était la tournée
Semblance of Normality, donc je peux pas vraiment te dire. Et oui, comme tu le pressens, en concert ils sont supers. Très proches du public. Puis, c’est un assemblage assez unique avec le Punk à la batterie, le guitariste thrasheur, le nouveau chanteur très « pop » et la violoniste tout droit sortie d’une taverne du Seigneur des Anneaux… Y a une ambiance particulière.
ZARDÛ :
Semblance… avec Kevin Ridley au chant… il est monstrueux cet album. J’aurais vraiment aimé assister à ce concert. Enfoiré, j’en suis presque jaloux. Sinon, que penses-tu de Oui avant-garde a chance ? Je l’adore celui-là. L’un des meilleurs à mon sens. Tu ne l’as pas chroniqué, est-ce parce que tu le trouves mauvais ?
CANARD : Il est bon. De là à dire que c’est l’un des meilleurs… Disons qu’il me laisse un peu perplexe. Tout comme
Folkemon qui devrait te plaire.  Skyclad est un groupe multifacettes, luxuriant, qui a de la réserve. Pas beaucoup de merdes discographiques non plus. Alors forcément, chaque fan a un peu ses préférences.
ZARDÛ : Marrant que t’en parles.
Folkemon vient juste après Oui avant-garde… dans mes tops albums du groupe.
Les 4 premiers titres sont vraiment hallucinants, The great brain Robbery, Think back and lie of England, Polkageist,  Crux of the message. En plus l’album est super bien produit. Ah, c’est une perle celui-là, il me rend dingue. Skyclad, Overkill, Pro-Pain, même combat. J’ai toujours aimé les seconds couteaux, dans le cinéma comme dans le métal. Ils ont davantage de mérite, car ils sont souvent moins favorisés côté tchunes, mais pourtant pas moins intéressants. Au contraire, comme les séries B, les groupes de seconde catégorie constituent un socle culturel et un vivier créatif qui permettent aux « happy few » d’émerger en bénéficiant, la plupart du temps, d’un concours de circonstances favorable. Et oui, j’ose dire que le talent n’est pas le seul critère explicatif du succès des groupes les plus commercialement représentatifs. Regarde comment chante Ozzy, la merde vivante qu’est ce mec et le succès qu’il a eu ??? CQFD, non ? A l’appui de ma thèse, prends aussi John Carpenter : ses films sont de la pure série B et ils ont influencé tout le monde…
En parlant de talent, ça te dirait de venir avec moi au concert de Pro-Pain ? Ils passent à la Loco le 2 octobre. J’y vais djà avec un pote Cousin Ga ça fait longtemps que j’ai envie de te le présenter, ce serait l’occasion rêvée. Leur show devrait te plaire. Tu t’y retrouverais à mon avis.
CANARD : Pro-Pain en live ? Why not ?… Je vais d’abord réécouter les albums que tu m’as passés ;0).

 

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Les autres commentaires de Canard

2 réponses à “Zardû Strikes Back (1/5)”
  1. gregwar
    02.12.2014

    j’aime beaucoup les deux premiers Sabbat mais je n’avais jamais écouté Skyclad jusqu’à aujourd’hui. et bien merci, tu as gagné, avant même la fin de la lecture de ton papier j’étais en train de chercher sur grooveshark quel album de ce groupe j’allais pouvoir écouter. j’écoute donc en ce moment Folkemon et ça passe bien. par contre à l’achat ça va être plus délicat, ce groupe est inabordable sur amazon ou priceminister…

  2. 02.13.2014

    arff Skyclad …. un de mes groupes préférés à qui j’ai eu la chance d’organiser un concert fin 2010 près d’Aix En Provence à l’occasion de la tournée célébrant leurs 10 ans d’existance. Merveilleux souvenir pour ce qui restera certainement l’un des meilleurs concerts auxquels j’ai assisté. Le groupe ne voulait plus quitter la scène !

    Et effectivement, il n’y a pas beaucoup de déchet dans leur discographie. Un groupe qui aurait mérité beaucoup plus de succès. Du reste, les argentins de SKILTRON essaient de perpétuer le genre (dans un registre plus heavy que thrash) et ont eu comme invité sur un de leurs albums Kevin Ridley au chant sur une chanson qu’il avait composée.


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